lundi 14 mai 2018

La Vie, Ta vie...

La Vie...
Ce bien si précieux.
Et toi, qui, surement, au début, au plus profond de toi, ne t 'es pas cru assez "aimable" pour mériter l' amour d' une maman et d' un papa.
Et toi, qui, il y a encore 3 mois, n' avait pas encore idée que ta Vie était si précieuse. Pour un Papa, pour une maman. Pour nous.
Et toi qui n' avait pas encore idée que ta vie allait radicalement changer.

La Vie...
Elle te l' a donné. Et elle m' a donné à moi, l' occasion de te la faire vivre différemment, et de la vivre moi aussi si pleinement.
Elle te l' a donné. Et je ne sais pas, et je ne saurais peut etre jamais, a quel point ta Vie lui était précieuse.
Mais ce bijou, ce cadeau, cet infini de possibilités, est là, en toi, dans ce petit lit dans la chambre d' a coté.

Et Ta vie,
Rythmée aujourd’hui par les rires de ton frère et  de ta sœur, par tes pitreries, par les bisous que tu aimes nous claquer a la sauvette, tes râleries intempestives, et les câlins brefs mais si intenses, tes nouveaux mots, ta manière bien à toi de poser sur les photos, la découverte du monde dans tes yeux.
Et ta vie que j' aime à croire plus pleine, aboutie, et plus sereine auprès de nous.
Et ta vie qui va t' offrir tant de possibilités, tant de chemins possibles, tant d 'amour.
Tant de sentiments, d'amour, mais aussi de déceptions. Tant de croyances, de désillusions, et tant  de choix.
Et ta vie, qui nous est si précieuse, et que nous t 'aiderons à construire.
Et ta Vie, ce joyau qu' Elle t ' a donné, ce bijou qui fait battre ton cœur.
Et ta Vie, que je ne t' ai pas donné, mais que je chérie tant.
Ta Vie, et ta vie. Le fait même d' exister, et le chemin que tu suivras.

Si tu savais...
Comme elle est importante, et comme il est impossible maintenant pour nous de ne pas la chérir.

Ta Vie, ta vie, Notre vie, ces joyaux.




samedi 24 mars 2018

Heureux... ici ou là-bas...


Depuis 1 mois et demi que nous sommes rentrés, c 'est une idée,qui tourne, qui retourne, qui se cristallise puis se délite...
Je ne dirai même pas que c 'est une idée, c'est comme un sujet de philo.
Thèse, Antithèse, synthèse...
Le sujet aurait pu être: l'ignorance protège t' elle du sentiment de malheur?

voila voila voila...

Depuis que nous sommes rentrés, Timaël se dévoile et notre petit garçon est un garçon si joyeux, si remuant, si ... heureux, que personne dans notre entourage,ou même à l' école n' a pu s 'empêcher de nous dire " mais qu' il est heureux ce petit garçon"!
Je suis sa maman, alors, bien sur, je souris, et mon cœur de maman est plus que fier et satisfait de ce constat si positif.

Oui mais ( il y a toujours un "mais")...
Si on gratte un peu sous le vernis, et que l'on réfléchi.
Timaël était il malheureux à l' orphelinat?
Peut on être malheureux de ne pas vivre quelque chose que l'on ne connait pas?
Et voila... le débat est lancé, la bicyclette est en route.

Non, je ne pense pas que Timaël ait été malheureux au Vietnam.
Il avait auprès de lui des nounous qui s 'en occupait bien. A qui il manque.
Il avait auprès de lui une dizaine d' autres enfants... avec qui il n' était jamais seul.
Il mangeait, il jouait, il chantait.
Il ne connaissait pas la vie d 'un enfant auprès de ces parents.
Il ne connaissait pas la vie à l’extérieur de l'orphelinat.
Il était comme dans une bulle.
Mais était il malheureux? non je ne pense pas.
On ne souffre pas de ce que l 'on ne connait pas.
Il aurait pu souffrir du manque si il avait eu connaissance de son "état" spécial d' orphelin, que quelqu' un lui aurait expliqué ce qui était normal de vivre ou non.

Et je pense que c 'est là la raison principale de mon état dubitatif.

Timaël est si heureux ici.
Oui. il est heureux ici. Mais il était heureux la bas aussi.
Mais ici il a une "plus value" qu' il ne pensait pas avoir un jour, il ne connaissait pas cette possibilité.
Ici, il a accès a des biens matériels qu' il n' aurait pas eu la bas. Mais est ce un bonbon qui rend vraiment heureux un enfant?
Ici il a aussi des phrases d' amour que les nounous ne se permettaient surement pas. C 'est à la limite la seule chose qui je pense peut être perçue par lui comme un "mieux". Les enfants ont besoin de mots d' amour pour s’épanouir. Ils ont besoin de mots d'amour pour exister.

Mais heureux ici.
Heureux la bas.

Je crois que c 'est bien là l' essentiel.
Qu' il n' ai jamais été malheureux.
Et qu' il trouve son équilibre dans la joie, la confiance,et la sérénité.



                          

jeudi 15 mars 2018

La boîte...

J'ai fait un peu de place...
Voilà ce qui est écrit sur ta boite.
J'ai pris le temps de la choisir... je la voulais discrète mais grande, je la voulais Jolie, ke la voulais à la hauteur des espoirs que j'allais y glisser dedans.
Cette boîte c'est l'attente, le rêve.
C'est les pleurs, le désespoir.
C'est la foi, l'énergie.
C'est tout ce qui t'a amené à nous.
C'est Un Pépin dans la pomme qui couche sur le papier le quotidien de ces 4 dernières années.
C'est le blog de Timaël imprimé sur papier.

Cette boîte C'est ton histoire, c'est notre histoire.
Le avant, le pendant. Le pourquoi et surtout le comment.
C'est l'objectivité des mots, des administrations.
C'est le ton neutre et poli des refus qui ne veulent pas froisser.
C'est mes larmes de joie, mes larmes de peine.

C'est un peu de tes racines. Un peu de notre grossesse si particulière.
Et puis c' est aussi le peu des éléments que nous avons sur tes origines.

Cette boîte est un trésor.
Le tien.
J'y ai mis le contenu de mon coeur pour que tu saches... toujours...
J'ai veillé à imprimer mes mots. Ceux qui restent. Ceux qui ne partiront jamais.
Ceux qui te raconteront.
J'ai mis dedans mon amour, photographié sur papier glacé.
J' ai plié soigneusement tes affaires, tes sandales, le peu du toi d'avant que J'ai pu sauver.

Parce que, je le vois, tu t'adaptes si vite à cette vie, ce quotidien,
Je ne laisserai jamais tout cela s'effacer.
Je ne te laisserai jamais te questionner.
Tu auras dans cette boîte les témoins de ton histoire.
Tu auras dans cette boîte le tissage de notre famille.

Tu auras dans cette boîte la preuve que tu es un trésor.
Tu auras dans cette boîte mille raisons de nous aimer... ou mille raisons de nous détester.
Mais tu n'auras pas du rien.
Tu auras juste du Tout.

Du Tout ce qui nous à guidé jusqu'à toi, précieux trésor.

Prend soin de cette boîte.
On ne sait oû on va que lorsqu' on sait d'oû on vient...



samedi 3 mars 2018

1 mois de toi

1 mois de toi. Ici. 1 mois et une semaine de toi avec nous.
Mon dieu, le temps défile, je ne me rend pas compte de sa rapidité...
Il y a encore un mois et une semaine justement, le temps s’égrainait avec une lenteur qui me rendait folle.
Et maintenant...chaque minute que je vis est vécue dans une intensité si différente.
La mécanique de l'attente m' avait propulsé, je m'en rend compte maintenant, dans une course effrénée du futur "quand", du futur "qui", de ma future vie. J'avais mis en place, dans ma vie, un obstacle à la possibilité de jouir pleinement du moment présent. Je n' avais pas, plus,  la possibilité, depuis plusieurs années maintenant de jouir de ce que la vie m'offrait... Même si je ne te connaissais pas encore, l'idée de toi me rendait inachevée.

Et aujourd'hui, un mois de toi... et chaque moment vécu avec toi, ou même loin de toi quand je travaille, a une saveur différente. Chaque minute est pleine, chaque instant est vécu avec une conscience décuplée. Je n'attend plus, je n'aspire plus a autre chose, je ne projete plus mon futur.
Je m' en fiche. Je suis dans le moment présent. et je savoure ma vie. J'ail' impression qu' avant toi, je n' étais pas pleinement maman de ton frère et de ta sœur. J' ai l' impression , depuis un mois, que c 'est comme si j' étais ENFIN maman. Comme si l' aboutissement de notre attente avait ouvert les vannes de la maternité... qu' elle soit biologique ou adoptive. J' ai l' impression d' être une bonne maman, une meilleure maman, depuis que tu es là.
Je savoure ce que je vis et ce que j' ai vécu aussi pour arriver à aujourd'hui.

Tu es dans ta nouvelle vie comme l' évidence d 'un petit doigt dans une main.
Tu es si...évident.
Et notre vie aujourd’hui est un peu à la même image: c 'est comme si nous avions vécu des années avec une main sans petit doigt, et que, du jour au lendemain on nous l' avait déplié.

Tu es notre 5 ieme doigt de la main, tu es cette évidence là.

Tu es un petit garçon pleins de surprises... aussi affectueux, joueur, et calme que boudeur, râleur, et énergique, tu as pris tes marques dans cette maison, dans ta fratrie, et dans ton cœur avec une facilité déconcertante. Tu comprend tout, tu commences à parler Français, doucement mais surement. Tu aimes les petits rituels du coucher avec maman. Avec papa ça se passe bien aussi, mais le coucher tu préfères avec maman.Avec papa tu bricoles plein de choses, et tu peux même toucher le plafond aussi souvent que tu lui demandes de te prendre dans ses bras. Tu chantes les comptines françaises en mode yaourt, tu as soudoyé ta sœur pour qu' elle te donne des peluches que tu met soigneusement dans ton lit le soir venu de façon a ce que l' on ne te vois plus dans ton lit. Tu aimes les gaufres, le chocolat, le pot au feu de maman, la saucisse de papa et bien sur.... le poulet!!!

En parallèle, tu apprend à gérer des sentiments qui t’étaient étrangers il y a encore 1 mois et une semaine.
L' un de ses sentiments, le plus difficile pour toi à gérer pour le moment, c 'est la frustration.
Ho mon dieu que ce sentiment t'es désagréable! Ta nouvelle vie est pleine de nombreux sujets de potentielle frustration... les bonbons, la télévision, les jeux, le chocolat, les activités extérieures... sont autant de sujets possiblement fâcheux. Tu es si boulimique de vivre tes expériences, de vivre cette nouvelle vie, que tu ne comprend pas le "non". Tu ne comprend pas que l' on puisse t 'empêcher de profiter de si bonnes choses. Mais je ne désespère pas, bientôt tu comprendras que la balançoire sera encore là demain, que les bonbons aussi, et que le "non" ne veux pas dire "jamais".

en ce moment même, tu es avec ton frère et ta sœur. Vous jouez tranquillement sur le canapé de votre petit salon. Je sais qu' a tout moment tu risques d 'arriver en courant, me planter un bisou sur la joue en souriant, me faire un câlin de 2 secondes et demies, repartir aussi sec voir papa, le secouer pour qu' il ne dorme pas sur le canapé ( tu n' aimes pas que papa s 'endorme sur le canapé), et repartir en riant a gorge déployée, fier de courir plus vite que papa, et heureux de me voir sourire à tes pitreries.

Voila...
1 mois de rires.
1 mois de câlins.
1 mois de bisous.
1 mois de mère accomplie.
1 mois de plénitude.
1 mois de bonheur.
1 moi de toi.


samedi 10 février 2018

Une semaine et ta pleine conscience.

Cela fait aujourd hui une semaine que tu as découvert ta maison.
Une semaine que déjà, nous avons quitté notre quotidien Hanoien.

Il y a une semaine tu découvrais des poissons dans un aquarium, la ceinture de sécurité, le siège auto, les montagnes et les prairies.
Tu t arrêtais net dans la maison, à 2 mètres de la porte d entrée... parce que trop c est trop.
Parce que tu savais très bien ce que tout ça représentait. Parce que ce long voyage prenait fin. Enfin.
Et... trop c'était trop...
Alors tu m a regardé, les yeux suppliants qu' on te laisse tranquille, juste un peu... juste le temps que tu reprennes ton souffle.
Alors je t ai mis sur le canapé... et je t ai créé une bulle... couverture, doudou, un dessin animé. Et... la paix.... juste un peu...
Plus de sollicitations, plus de découvertes... juste une petite pause....

Et puis... et puis une demie heure après ça allait mieux... on pouvait aller visiter le reste de la maison....

Cette semaine, il a neigé... on nous a demandé comment tu avais réagi...
Et j ai essayé d expliquer que la neige était le cadet de tes soucis. Qu' après tout ce que tu découvrais au jour le jour, la cloche de l église, les vaches, le bain, la machine à café, le micro ondes.... la neige n était qu' un détail parmi tant d autres.

A y bien réfléchir... je me demande comment tu fais pour ne pas devenir fou...

Et puis... tes premiers mots... maman, papa...merci,  et tu repetes les mots qui t intéressent... tu les oublies quasi instantanément mais c est pas grave.
Tu ne veux pas aller te brosser les dents le soir... parce que tu sais très bien qu' après il faudra aller te coucher ... et le coucher... non... tu n es pas d accord! Parce qu' il y a encore tellement de choses à faire!!!!
Et puis.... même si tu as confiance en nous.... as tu assez confiance en la vie pour être certain que demain nous serons là?
Mais ta force c est justement ça... ta confiance... tu t adaptes a n importe quoi... et n importe qui... du moment qu' on te laisse une heure, un ballon de baudruche et notre présence.... c est fou!

Il y a encore  3 semaines j aurai mis ma main au feu que le lien dont on nous parle depuis si longtemps allait être plus difficile avec toi parce que tu es plus âgé.
Quelle idiotie quand on y pense.
Je crois que justement.... ton âge favorise le lien. Tu sais. Tu comprend. Tu "résilies" . Tu vis.
Tu n es pas dans une démarche oû tu subis. Tu es dans un état d esprit de découverte en pleine conscience.

C est magique.
Tu es magique.

Tu es en pleine conscience ... déjà.... quand moi je m' étonnes encore de trouver un petit garçon dans sa chambre ou que je vois ta frimousse dans le rétroviseur.
Tu es en pleine conscience quand moi je n ai pas encore "compris" que tu es enfin là.
Tu es en pleine conscience... et moi j ai a peine conscience...


jeudi 1 février 2018

La promesse

J' avais prévu de faire un discours, parce que, normalement, à la remise officielle, on fait un discours.
Moi qui suis toujours très, trop, bavarde, j' avais pris soin de choisir mes mots, de ne pas être dans le trop, mais de ne pas être dans le pas assez non plus. 
Mais la situation a ete telle, que la remise officielle s 'est faite, entre 2 couloirs, avec 2 personnes, sans president, sans repas, sans discours. Juste un bout de papier signé sur bout de bureau. 
Honnetement, je ne m' en plains pas. 
Nous n' avons pas besoin de remise officielle pour te considérer comme notre fils. nous étions tellement contents de t 'avoir enfin avec nous, que vraiment, rien d 'autre n' avait d importance. 

Ce matin j' ai commencé à faire les valises, et je suis tombée sur un bout de papier, soigneusement plié en 4, qui avait glissé sous le lit.
Quand je l' ai ouvert, j' ai vu les ratures, j' ai vu combien j' avais manipulé ce bout de papier dans mes mains. 
Et je l' ai relu. 
C 'est bete, mais ces mots, ce bout de papier, c 'est une promesse... que je te fais, que je mefais, et que je fais au vietnam.
Demain tu t 'envoleras vers un autre pays, bien loin du Viêt nam. Je sais que tu comprends ce qui est en train de se passer. Mais tu ne peux pas comprendre, je crois, encore, tout ce que cela implique. 

Alors, je me dis, que je vais garder ce bout de papier froissé et raturé. 
Mais je me suis dit, que peut être, le fait de l' écrire, ici, était aussi une manière de faire cette promesse, devant témoins. De la finaliser pour de bon. De rendre leur réalité à des mots. 

"Nos 10 ans de vie commune, avec mon mari, ont toujours inclus l' enfant que nous voulions adopter. 
Cet enfant, dans notre idéal, a toujours vu le jour au Viet nam. 
Le Viet nam... ce pays, cette culture, ces odeurs, cette histoire, cette richesse, qui a vu naitre notre fils, qui a pris soin de lui. 
Nous louons ces racines qui seront siennes à jamais et que nous entretiendrons méticuleusement. 
Car le Viêt nam a pris soin de lui quand il a été oublié, nous prendrons soin que notre fils n' oublie jamais le Viêt nam.
Merci pour ce don...
Nous en serons à la hauteur."


Voilà...
Je fais cette promesse.
Tu n' oublieras pas le Viêt nam.
Et nous non plus.
Mais au delà du don que ce pays nous fait, je voulais aussi faire une autre promesse...

Quand je te sens t' alourdir sur ma poitrine, quand le sommeil te fauche, quand je prend dans ma main tes petits doigts, et que je découvre, et redécouvre chacun des plis de tes mains, chacun de tes grains de beauté. Quand je regarde tes jolis sourcils en accent circonflexes qui te donnent un air étonné quasi permanent... Je me dis que je ne peux pas ne pas penser à celle qui t' a mis au monde, qui a peut être le même grain de beauté,au même endroit. Qui a peut être le même air étonné que toi.
C 'est avant tout cette dame, qui, quand tu avais 6 heures de vie, a du te dire au revoir, et a fait en sorte que, un jour, nos chemins se croisent.
Alors, la promesse que je te fais, ici, devant témoins, c 'est qu' un jour, si tu le souhaites au delà de connaitre le Viêt nam, nous irons rencontrer cette dame.
Parce qu' elle fait partie de tes origines, elle aussi.

En attendant, sois Heureux mon fils, autant qu' en ce moment même, où tu frappes dans un ballon de baudruche de toutes tes forces, en riant de nous l' envoyer dessus.
Une semaine que tu es avec nous, et tes éclats de rires me ravissent depuis maintenant 3 jours.
Sois heureux mon fils.
Je te promet que jamais tu ne seras perdu, car toujours tu sauras d' où tu viens.



dimanche 28 janvier 2018

96 H

4 jours que tu es avec nous maintenant.
4 jours, soit 96 heures...

96 heures que tu luttes contre ce méchant virus qui te fatigue beaucoup, que tu ne nous comprend pas, que tu essaies de t 'adapter,et que tu découvres, petit a petit, qu' il y a un monde en dehors de l' orphelinat. Les odeurs, les gens, les couleurs, les klaxons, la vie trépidante d 'une capitale, et nous.
J' avoue ça doit être assez violent pour toi tout ça.
Et moi, en maman indigne, j' essaie deséspèrement de te soigner, et de te faire te moucher au moins 150 fois par jour alors qu' au Vietnam, on ne se mouche pas! A ma frustration quand je sors le mouchoir de devant ton nez, et que la première chose que tu fais c 'est renifler.

96 heures que nous sommes devenus tes parents a temps complet. Que nous essayons, tant bien que mal, de t' offrir du bien être dans cette nouvelle situation.
Ce n' est pas simple.
Toi qui souriais a l' orphelinat, dans ton élément, tu ne souris plus. Trop dur a gérer  tout ça.
Toi qui mangeais si bien à l' orphelinat, dans ton élément, tu manges correctement environ 1 repas sur 3... car soit tu ne manges pas, soit tu vomis ( le virus!).
Toi qui dormais à l' orphelinat, dans ton élément, toi qui partais en trottinant faire ta sieste, nous n' arrivons pas a te faire envisager de dormir sans que tu pleures...

J' aimerai te dire tant de choses, que je ne peux pas te dire car tu ne les comprend pas.
Alors Je te dis les plus importantes... je ne veux pas te noyer, l’incompréhension étant, je pense, une source de stress supplémentaire.
J' aimerai que tu prennes tes marques, que tu prennes ta place, que tu n' aies pas peur de t'endormir, mais que tu n' aies pas peur de te réveiller non plus.
Le matin, quand, a 9h30, tu gardes obstinément les yeux fermés, la tète tournée vers le coté opposé a nous, et que tu refuses de les ouvrir... j' ai le cœur qui s 'émiette... La peur de ne pas nous retrouver? ou justement la peur de nous retrouver? Je crois que tu es dans une ambivalence la plus totale.

J ai le cœur qui s 'émiette de ne pas avoir les moyens de te rassurer, de t 'expliquer, de te faire sourire.

Quand des personnes vietnamiennes te parlent, tu ne répond pas. Elles te posent des millions de questions mais tu ne répond jamais.
Et j' aimerai tellement qu' on te laisse parler, que des sons sortent de ta bouche, et que tu puisses nous dire ce qu' il se passe dans ta petite tete, et dans ton cœur.
Ton cœur qui , hier soir, a littéralement débordé dans une crise de larmes longues de plusieurs heures.
Je t 'ai bercé a en avoir mal aux bras, mal aux épaules, mal au ventre. Je t ' ai bercé comme un nouveau né, je t 'ai serré, et nous étions trempes  tout les deux. Nos deux sueurs mélangées, et tes larmes qui dévalaient dans mon cou...

Ce matin quand papa t ' a réveillé, c 'est avec des larmes que tu as démarré ta journée. Avec ce refus obstiné de nous regarder... jusqu' au petit déjeuner. Et mon cœur en miettes....

96 h...
Les 96 h les plus difficiles que je n' ai jamais connues en tant que maman...

Et pourtant...
A coté de toutes ces difficultés, je trouve que tu as un don pour te faire comprendre sur les choses basiques qui est bien a toi. Ton regard est si expressif que j' ai parfois l' impression que des mots sortent de ta bouche.
Cela fait 2 heures que papa et moi, nous t 'avons pris dans le lit, l' air de rien, juste pour regarder la Tv et se reposer un peu pendant la sieste... et tu t 'es endormi, contre l' épaule de papa qui est trempée elle aussi. Tu dors paisiblement. Enfin.
Et pourtant...
Quand on te met un pamplemousse devant, tu te jettes littéralement dessus, avec tes petits doigts tu défait patiemment chaque grain qui composent la pulpe du pamplemousse, et tu as quelques petits grognements de satisfaction quand tu les manges. Papa et moi on pourrait te regarder faire ca pendant des heures...
Et pourtant, quand tu me tend les bras quand on va marcher, parce que tes petites jambes ne sont pas assez fortes pour te porter, et que je sens tes mains s' agripper a moi, je pourrai pleurer de bonheur...


96 H.
96 H de souffrances,
96H de bonheurs,
96 H de toi,
Mon fils du bout du monde...




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